Aux origines : quand le cinéma sortait le vendredi
En France, on associe le cinéma au mercredi, jour où la quasi-totalité des films sortent dans les salles obscures, alors qu'aux États-Unis et au Royaume-Uni, les sorties ont lieu le vendredi. Quant à nos voisins allemands, italiens et néerlandais, les sorties se font le jeudi.
Cela n’a pourtant pas toujours été le cas. Au début du cinéma en France, les bobines de film étaient vendues et leurs sorties dépendaient entièrement de l’exploitant ou du forain qui en avait la possession. C’est seulement à partir de 1907 que Pathé révolutionna le marché en proposant la location de films à la semaine. Le jour de livraison était le vendredi, soit deux jours avant le repos dominical des travailleurs, laissant le temps aux projectionnistes de perfectionner l’installation et d’assurer la bonne marche du film.
C’est en 1936 que les congés payés ont été généralisés en France, ce qui entraîna une augmentation du temps consacré aux loisirs et aux sorties. Le dimanche n’était plus le seul jour chômé et la fréquentation des salles obscures augmentait.
Mais il fut aussi remarqué qu’un certain public permettait de vendre davantage de billets : les enfants.
Les enfants, ce public qui a tout changé
Susceptibles d’être accompagnés par des parents ou des adultes, les écoliers représentaient une part importante du public des cinémas. Leur jour de repos était à l’époque le jeudi, ce qui poussa les distributeurs à décaler leur jour de sortie pour s’y aligner, un changement qui s’imposa véritablement après la Seconde Guerre mondiale.
La réforme scolaire de 1972 déplaça ce jour de repos au mercredi, et les cinémas suivirent. À partir de là, les salles obscures programment leurs sorties hebdomadaires le mercredi.
Par ailleurs, en 1990, un décret interdit la diffusion de longs métrages les mercredis, vendredis et samedis soirs sur les chaînes de télévision gratuites, afin de limiter la concurrence.
Une tradition qui résiste, même sans loi
Alors que la distribution est aujourd’hui largement numérique, et qu’aucune loi ne force les distributeurs à sortir leurs films le mercredi, la tradition persiste. Les distributeurs sont théoriquement libres de décider du jour de sortie de leurs longs métrages, même si le Médiateur du cinéma (autorité chargée de la conciliation autour de la diffusion de films en salles) considère les sorties hors mercredi comme une pratique déconseillée, risquant de faire de l’ombre aux films déjà en programmation.
Les exceptions à la règle, de Cannes aux avant-premières
L’industrie cinématographique tend à s’aligner sur cet usage, même si certains films dérogent parfois à la règle. C’est notamment le cas lors du Festival de Cannes, où la diffusion en salles ne peut se faire avant celle sur la Croisette, ce qui encourage les distributeurs à s’adapter. Cette année, ce fut le cas de La Vénus électrique de Pierre Salvadori (sortie le mardi 12 mai), Histoires parallèles d’Asghar Farhadi (sortie le jeudi 14 mai) et L’Être aimé de Rodrigo Sorogoyen (sortie le samedi 16 mai), par exemple.
Certains films, faisant l’objet d’une sortie officielle un mercredi, bénéficient tout de même d’un nombre important d’avant-premières, comme ce sera le cas pour Dune : Troisième partie, dont la projection sera organisée par plusieurs cinémas le mardi 15 décembre 2026, veille de sa sortie officielle, dans le but de créer l’événement.
Et chez nos voisins ? La Belgique et le Luxembourg aussi
Au-delà de la France, sa voisine la Belgique adopte la même pratique : les écoliers ont le mercredi après-midi libre, un temps souvent dédié aux activités extrascolaires et culturelles, ce qui encourage la sortie des nouveautés ce jour-là. Quant au Luxembourg, de plus en plus d’avant-premières se tenaient le mercredi, ce qui a poussé, en 2012, les sorties officielles à s’aligner sur ce jour. La France fait donc partie des rares pays où les spectateurs peuvent découvrir les films avant de nombreux cinéphiles dans le monde.
Face au streaming, la France reste championne des salles
Aujourd’hui, même si les plateformes de streaming prennent une place grandissante dans nos habitudes, la France surpasse largement le reste de l’Europe en matière de fréquentation des salles obscures, avec plus de 150 millions d’entrées en 2025. Les salles y restent les plus fréquentées le week-end, suivi du mercredi.