22 septembre 2026 07:45
Teenage Sex and Death at Camp Miasma : sexe, mort et fantasmes queer
Hot news
©Teenage Sex and Death at Camp Miasma de Jane Schoenbrun - Mubi
Ovni du cinéma américain, Teenage Sex and Death at Camp Miasma a reçu la Palme Queer en mai dernier lors du Festival de Cannes. Signé par Jane Schoenbrun, qui avait précédemment réalisé I Saw the TV Glow, le film explore à nouveau la frontière entre le réel et l’imaginaire. Camp Miasma réunit les actrices Hannah Einbinder (Hacks) et Gillian Anderson (The X-Files, Sex Education) dans cette ode aux films slashers des années 80, entrelacée à une représentation de la sexualité contemporaine.
Fantaisies et sexualité
Visuellement à couper le souffle, Camp Miasma suit une jeune cinéaste allant à la rencontre de la Final Girl du premier volet d’une franchise de slashers, dont elle s’apprête à réaliser le sequel. Flirtant avec l’horreur psychologique et la comédie, le film aborde la sexualité féminine queer en y déconstruisant ses tabous et en y analysant l’impact des médias sur la vision de soi, de son corps et de ses désirs.
Les décors et les couleurs sortent de l’ordinaire pour donner au spectateur une impression surréaliste, propre à la fantaisie humaine. Jouant avec le style camp, Schoenbrun mixe des scènes sanglantes exagérées, de la nostalgie et une critique de l’industrie hollywoodienne.
Camp Miasma questionne la mesure dans laquelle l’identité de l’artiste façonne son travail, le patrimoine de la culture populaire et les attentes sociétales en relation avec la sexualité.
Chair et fluides
Camp Miasma se lance dans une exploration du désir et de la sexualité d’une génération ayant grandi dans le tabou sexuel, mais aussi dans la représentation du sexe au cinéma. L’antagoniste ne se nomme autre que Little Death (« La Petite Mort » en français), faisant écho à l’extase sexuelle. Notre protagoniste ne cherche pas à le fuir, mais bien à venir à sa rencontre. Le symbolisme du film se retrouve au travers de ses personnages loufoques et de ses visuels excessifs, qui peuvent rappeler à certains Mulholland Drive de David Lynch.
La fin particulièrement lynchienne joue avec le statut du film : on ne sait plus très bien d’où vient ce récit ni ce qui, de la performance, du fantasme ou du trauma, a réellement eu lieu. Comme chez Lynch, l’énigme n’est pas résolue mais déplacée, ce qui en fait tout son charme.

De « chair et fluides », devient alors une clé de lecture centrale : entre sang, sueur et fluides, le film fait des corps et de leurs fluides le langage commun de l’horreur et du plaisir. La chair y est à la fois surface d’inscription des normes hétérosexuelles et lieu de leur subversion queer, où ses personnages explorent les regards masculins et féminins et y mêlent à ces regards leurs propres interprétations et enjeux.
Le cinéma queer et ses actrices fétiches
Gillian Anderson, elle aussi star d’une franchise des années 90, surfe sur son activisme autour de la libération sexuelle et queer, et parle à une nouvelle génération arrivant après la révolution sexuelle formelle d’il y a plus d’un demi-siècle. Hannah Einbinder, quant à elle, continue sur sa lancée de récits queer après la série LGBTQ+ Hacks. Le duo rallie les générations pour attaquer le sujet de la sexualité féminine, encore très tabou aujourd’hui.
